Hier, j’ai souhaité m’associer à la journée nationale de refus de la misère. C’est une date qui est devenue, au fil du temps, symbolique : il y a maintenant 24 ans, presque jour pour jour, le 17 octobre 1987, 100 000 personnes se réunissaient sur le parvis du Trocadéro à Paris. Au cœur d’un des quartiers les plus riches de la capitale de notre pays, lui-même un des plus riches au monde, ce rassemblement avait pour but de pousser un cri. Un cri d’indignation.
Indignation devant le sort fait à tant d’hommes, de femmes, d’enfants, restés à l’écart, sur les bas côtés des routes du progrès et du développement. Il nous faut le dire, le redire, sans cesse : cette réalité n’est pas acceptable ! La misère n’est pas quelque chose dont on doit s’accommoder. Nous avons tous le devoir d’unir nos forces, chaque fois que cela nous est possible, pour la combattre.
L’ancien secrétaire général des Nations Unies, Kofi Annan a dit dans l’un de ses discours que lutter contre la pauvreté est un défi moral auquel l’humanité est confrontée. La mobilisation de tous les acteurs est plus que jamais nécessaire.
Je veux, solennellement, rappeler ces chiffres qui illustrent notre défaite et qui doivent être notre honte collective : dans le monde, près de 3 milliards d’hommes et de femmes vivent avec moins de deux euros par jour. 100 millions d’enfants vivent dans la rue et 8 millions d’entre eux meurent chaque année à cause de la pauvreté.
Plus inquiétant encore, dans nos pays occidentaux, sur notre sol en France, la misère non seulement ne régresse pas mais elle gagne du terrain. Nous sommes passés entre le début des années 2000 à aujourd’hui de 8 à plus de 9 millions de français vivant sous le seuil de pauvreté.
Dans le même temps, la richesse n’a cessé de s’accroître, de façon toujours plus vertigineuse, sans que nous ne sachions, ou ne voulions, en répartir les fruits plus équitablement.
Cette réalité là, il faut le dire, ensemble : nous la refusons. Nous refusons de léguer à nos enfants un monde où le profit de quelques uns entraine la perte de beaucoup d’autres. Nous refusons de vivre sur un continent qui voudrait édifier des barbelés aux frontières de son territoire. Nous refusons d’être spectateurs du drame à grande échelle qui se joue entre les côtes africaines et européennes faisant de la Méditerranée le plus grand cimetière à ciel ouverte du monde. Tout ça parce qu’un nombre toujours plus grands de jeunes hommes et femmes tentent de fuir la misère de leur pays. Nous refusons de vivre dans une Europe à bout de souffle, qui prive le monde associatif, qui est pourtant bien souvent le dernier refuge des laissés pour compte, des ressources nécessaires en supprimant l’aide alimentaire obtenue par Coluche en 1987. Nous refusons cette France apeurée, recroquevillée sur elle même, qui voit dans son voisin une menace, qui voit dans ces personnes qui souffrent des profiteurs.
Cette journée du refus de la misère ne règlera pas les problèmes, n’apaisera pas les situations d’urgence. Nous le savons. Mais nous nous devons de commémorer aujourd’hui toutes ces personnes, toutes celles et ceux qui ont dédié leur vie à la lutte contre la pauvreté, contre les discriminations, contre l’exploitation.
C’est l’occasion de sensibiliser, chacun à notre niveau, nos proches, nos familles, nos amis sur les immenses défis qui sont les nôtres et qui doivent être au cœur de nos priorités. Cette journée c’est la journée du refus. Cela a un sens. Cela signifie que la misère n’est pas une fatalité.
Je terminerai par une citation de mère Thérésa : « Nous vivons au milieu d’une mer de pauvreté. Néanmoins on peut réduire cette mer. Notre travail n’est qu’une goutte dans un seau, mais cette goutte est nécessaire.»
Soyons cette goutte d’eau…
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