La question de l’attractivité des territoires a été abordée de façon très iconoclaste par Elie Cohen lors de la rencontre à Grenoble du club inventer à gauche à laquelle j’ai participé récemment. Pour lui l’attractivité des territoires est une fausse bonne question. On ne peut plus penser l’attractivité des territoires en dehors d’une compétition mondiale. Aussi, en France, «il faut arrêter de saupoudrer pour investir massivement dans deux territoires autour de Paris et autour de Lyon. Sous prétexte, poursuit-il, d’équilibrer le territoire, on dilue, on fragmente, on divise. Vis-à-vis des enjeux mondiaux cette politique est ridicule.»
Le diagnostic est rude, sans doute à nuancer mais il a le mérite d’interroger le modèle dominant. La mondialisation et la compétition internationale obligent à repenser les dispositifs d’équilibres territoriaux conçus par les aménageurs. «Tous les territoires français peuvent-ils bénéficier d’un pôle de compétitivité, d’un cluster, d’une antenne d’enseignement supérieur, d’une bretelle d’autoroute et d’une gare TGV ?» interrogeait de façon provocatrice un intervenant d’inventer à gauche. Provocatrices, iconoclastes, ces questions semblent aujourd’hui alimenter les réflexions les plus avancées. En effet, de récents ouvrages qui traitent de l’attractivité des territoires n’évoquent plus tel ou tel infra territoire français, ils posent la question de l’attractivité du «site France».
Pour les investisseurs, le «site France» est-il attractif ? C’est à cette question qu’il s’agirait désormais de répondre. La France ne serait plus un ensemble de territoires à l’équilibre desquels il faudrait veiller. La France, à l’échelle planétaire, serait un petit territoire qui devrait renforcer son attractivité pour continuer à séduire décideurs et investisseurs. Un tel renversement de perpective contribuerait à changer assez radicalement la stratégie d’aménagement et de développement des territoires français.
Lorsque l’on écoute ces interventions et que l’on prend connaissance de ces analyses, il est difficile de ne pas s’interroger sur la pertinence des choix que nous devons faire localement. Faut-il accepter ce que l’on nous annonce comme inévitable et laisser faire ou essayer de trouver un nouveau modèle de développement qui ne sacrifie pas et ne désertifie pas une partie de la France ?
Il me semble évident que l’attractivité de Roanne et du Pays Roannais ne peuvent se penser en vase clos. Dans un monde ouvert et complexe les réponses d’hier méritent d’être interrogées. C'est l'ambition du colloque qui se tiendra à Roanne le 13 Octobre prochain et qui traitera de la pertinence des liaisons à très grande vitesse pour nos territoires de Rhône-Alpes et d'Auvergne.
Sources : Fabrice Hatem - Investissement international et politiques d’attractivité - Economica - 2004 - 324 pages.
et aussi le document du cabinet Ernst & Young - Réinventer la croissance - Baromètre attractivité du site France 2009 - 41 pages.
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